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  • Awadi
    October 17, 2010 | 0 Comments

Les jeunes jugent les indépendances (Extraits)

Une communication portant sur Album "Présidents d'Afrique" de Awadi lors du Festival international culturel et intellectuel Kwame Nkrumah tenu à Accra les 26, 27, 28 et 29 septembre 2010.

 

« Faire le procès des indépendances 40ans après, réflexions autour de l’avis des jeunes africains par le biais du  hip hop et de la littérature postindépendance »

Mamadou DRAME, Faculté des Sciences et Technologies de l’Education et de la Formation, Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, (SENEGAL)

 

Introduction

Des moyens d’expression des cultures urbaines les plus employés par les jeunes, ceux qui tournent autour du hip hop semblent les privilégiés par les africains. Il s’agit de l’expression musicale (le rap), de l’expression corporelle (le break dance), de l’expression picturale (le tag et le graffiti) et de l’expression langagière typique du hip hop, et dans laquelle on retrouve principalement le langage de la rue. Mais le rap, qui nous intéresse principalement, n’est pas simplement un outil musical utilisé pour l’amusement et pour la revendication d’un avenir rayonnant. Il est aussi l’instrument à partir duquel les jeunes se démarquent des autres (Dramé, 2004, 2007), expriment leur quotidien et partagent avec les autres jeunes leurs aspirations et leur vision du monde.

La plupart des jeunes qui sont actifs dans le mouvement hip hop de nos jours n’ont pas vécu les moments des indépendances mais en ont entendu parler à l’école et/ou à la maison. Ils ont eu des informations en suivant les chaines de télévisions. Maintenant, 50 ans, après, ils projettent leur propre regard sur ces indépendances et donnent leur point de vue sur cette période charnière de l’évolution de leur continent. N’ayant pas vécu cette période, n’ayant pas été sujets aux événements qui ont présidé et suivi cette époque, ils peuvent lucidement poser leur regard sur cette époque. C’est ce que Didier Awadi a tenté de faire dans son album intitulé Présidents d’Afrique, sorti en 2010, en hommage aux 50 ans des indépendances africaines et dans lequel il revisite, avec les personnages qui ont marqué l’histoire africaine, la vision que les jeunes se font des indépendances.

Dans cette contribution, nous voulons montrer la polyphonie des voix qui révèle un projet international ou panafricain qui traverse les âges et met en contact de personnes qui, même si elles n’ont pas vécu dans la même période, partagent des idées qui ont pour sujet le devenir du continent. Nous tenterons de mettre en relation les discours qui constituent notre corpus et nous attacher à montrer le positionnement des jeunes par rapport à cette question. Nous mènerons aussi une investigation permettant de poser des questions de type socio-historique et appliquerons de méthodes d’analyse relevant plutôt de l’analyse du discours (Maingueneau, Ardeleanu, 2007). Nous utiliserons également l’intertextualité et l’interénonciativité pour montrer le lien entre le discours des rappeurs et celui des leaders cités afin de dégager les relations qui en ressortent. Ces théories montrent que, comme le souligne par ailleurs Bakhtine (1981), il existe un rapport intrinsèque entre les différents discours et que tout discours se trouve dans une logique énonciative qui le met en relation avec d’autres discours. Cependant, il ne s’agit pas de décrire les langues en présence mais de nous livrer à une sociologie du langage en interrogeant la signification des textes qui constituent notre corpus.

 

 

2.      Polyphonie des voix, polyphonie des âges, monophonie des visions

La première remarque que l’on peut faire à la découverte de cet album, c’est que le rappeur met ensemble des hommes politiques, des scientifiques et des artistes et des poètes qui donnent chacun sa vision d’un pan de l’histoire contemporaine. C’est ainsi qu’on retrouve dans l’album des universitaires comme Cheikh Anta Diop, des Chefs d’Etat comme Léopold Sédar Senghor, Barack Obama, Gamal Abdel Nasser,  Thomas Sankara, Julius Nyerere, Nelson Mandela, Samora Machel, Modibo Keïta ou encore Kwame N’krumah, des Chefs de gouvernement comme Patrice Lumumba, des poètes ayant théorisé l’identité noire ou africaine, ou plus simplement la Négritude comme Aimé Césaire, Frantz Fanon et Léopold Sédar Senghor, des journalistes comme Norbert Zongo, des leaders charismatiques comme Malcom X ou Amilcar Cabral, Martin Luther King.

Ces personnages dépassent les frontières proviennent de l’Amérique, de  l’Afrique Australe, de l’Afrique de l’Ouest, de l’Afrique centrale et du Maghreb et ont en commun le fait d’avoir refusé de laisser faire les choses, d’avoir donné leur point de vue sur ce qui les entourait. Ils ont également défendu la peau noire et l’africanité, réclamé l’indépendance totale de l’Afrique et/ou sont tombés au champ de l’honneur dans la voie de la défense et de l’illustration de l’originalité africaine. Ainsi s’expriment-ils dans les langues majoritairement parlées en Afrique, notamment dans les langues internationales comme l’anglais, le français, le portugais ou l’arabe. Pour la plupart, ils ont été témoins des indépendances et ont participé activement à l’accession de leur pays à cette auto-détermination.

Dans l’album aussi, on retrouve des rappeurs qui chantent avec Didier Awadi et qui proviennent de plusieurs pays d’Afrique. En effet, parlant du Congo, on voit apparaître Lexus Legal, Freddy Massamba, en Guinée Bissau, il y a Balloberos, Daniel Gomes, Paul Oliviera alors qu’en République de Guinée, on peut noter Phaduba. Le Sénégal, outre le rappeur Awadi est représenté par les rappeurs Keyti, le koriste Noumoucounda et la cantatrice Yandé Codou Sène. Pour l’Afrique du sud, il y a Skwatta Kamp et pour la Tanzanie, Sugu Mister 2, Afande Selle, K-Lynn. On peut noter également les Maliens Babani Koné et Tata Pound, le Kenyan Maji Maji, les Antillais Tiwoni et Lady Sweetie, le Burkinabè Smockey, l'Américain Dead Prez, etc.

Cette polyphonie de voix, de langues et d’origines a pour mission de donner une dimension africaine au projet et de permettre à la jeunesse de chacun de ces pays d’avoir la possibilité de dire son mot sur ce qui s’est passé à partir de la fin des années 1960, années qui ont vu les Africains accéder aux indépendances. De la même façon, avec la diversité des expressions notées chez les leaders qui ont prêté leur voix, on remarque que le discours est le même et tourne principalement à la nécessité de l’indépendance mais cette indépendance n’est pas seulement une indépendance politique mais elle doit aussi être culturelle, idéologique, mentale. Elle doit se manifester dans les façons d’être, de se comporter, de sentir les choses. En un mot, elle doit permettre à l’Africain de redevenir lui-même. C’est ce qui montre que, par delà les âges et les générations, les Africains peuvent produire le même discours qui repose sur, entre autres, la revendication de l’identité culturelle africaine.